|
Marie-France Detaille
Les photos de Marie-France sont exposées dans la vitrine de la boutique "les choux verts", rue de la Tulipe n°27
Un matin on se réveille et on a soudain l’envie de changer quelque chose dans sa vie. Il fallait juste le petit coup de pouce. Celui qui m’est arrivé à l’aube de mes 22 ans. Un désir profond qui soudain va voir le jour, celui de garder aussi longtemps que possible le souvenir des gens ! Mais pour cela, il me fallait quelque chose qui me permette de ne jamais déformer leur visage, leur expression, l’instant !
Et cela ne pouvait se faire pour moi qu’au travers de la photo. Aussitôt, poussée par un ami, aujourd’hui grand photographe reconnu, j’ai suivi durant deux ans les cours du soir de photographie à la Ville de Bruxelles. Aujourd’hui, quelques décennies plus tard, je participe à des expositions ponctuelles. C’est ma plus belle récompense, ma plus belle richesse
de coeur.
QUAND L’EAU DEVIENT VIE
Il est encore trop tôt pour me lever en ce matin d’automne
Là-bas, pourtant, dans ce lointain village, déjà la vie foisonne
Je me glisse plus profond dans mes draps de satin
Et me cache les yeux de mes mains
Ce que j’ai vu hier sur le petit écran noir
Reste encore gravé dans ma mémoire
L’une derrière l’autre, elles marchaient en silence
Tenant des bassines et des seaux par leur anse
Pieds nus, vêtements colorés
Elles avançaient à pas serrés
Des enfants couraient autour de quelques unes
Regards innocents, flirtant avec la brume
Un long parcours à faire chaque matin
Pour rejoindre l’unique puit du village voisin
Pourtant leurs regards n’étaient pas tristes
Habituées depuis leur plus jeune âge à ce rite
Elles rentreront un peu plus courbées
Les seaux remplis d’une eau un peu salée
Il y aura du linge souillé, quelques assiettes à laver
Et le bain aux enfants à donner
Pour midi, ce sera du riz
Une poule bouillie et quelques fruits
Et lorsque les hommes revenus de leur chasse hardie
Déposeront leurs trophées devant leurs femmes ravies
Les enfants feront une ronde et chanteront
Sur des rythmes endiablés qui les transporteront
Au-delà de la fatigue, au-delà des servitudes
Au-delà du tumulte et des incertitudes
Car rien ici ne peut encore changer
Même si quelques hommes un jour sont passés
Mais c’était il y a bien longtemps
Des ingénieurs en costume blanc
Ils ont dessiné des courbes et des traits devant leurs yeux
Parlé dans une langue inconnue d’eux
Echangé quelques sourires et quels mots appris
Puis un beau matin sont repartis
Laissant de leur passage
Quelques écritures et croquis griffonnés sur une page
Mais personne au village n’a pu traduire
Alors ils ont préféré en rire
Car les hommes, ils le savent
De leur mémoire de sage
Des promesses, des poignées de mains
Des cadeaux pour les gamins
Ils en ont déjà connus
Mais personne jamais n’est revenu
Alors, tel un éternel recommencement
Tous les matins, les femmes marcheront longtemps
Quelques enfants virevolteront auprès de leur mère
Pour eux, il n’existe pas de misère
Juste une longue route à faire
Qu’ils font telle une prière
Car l’eau une fois mise dans les bassines et les seaux
Transportées sur leur dos
Deviendra eau de vie !
Marie-France Detaille
|